Le don de soi

"Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson."
Confucius

 

            La catastrophe du tsunami a fait naître un magnifique élan de solidarité. La satisfaction obtenue par la somme versée allège la conscience de l’homme civilisé. Mais au-delà de la contribution financière, la générosité se manifeste dans les initiatives immatérielles. Toutes reposent sur le partage d’une richesse universelle : le temps. Chaque être humain en est doté : un capital limité par son inéluctable mort. Mais avant que sonne le glas de son trépas, il a la liberté de le dépenser comme bon lui semble : les hommes d’affaires lui courent après, les « sans emploi » ne savent qu’en faire ; les sportifs de haut niveau lui lancent un défi permanent ; les enfants se croient immortels tandis que les vieux prient pour revenir en arrière…Le désespoir des uns dépourvus de tout bien contraste avec le malheur de ceux qui n’ont pas de temps pour eux. L’indifférence des uns à la cause des autres creuse la tombe d’un monde divisé. Les désastres planétaires sont peut être là pour réveiller l’humanité…

Faire mal au coeur

            Se reconstruire : telle est la préoccupation essentielle d’une part grandissante des habitants de la Terre. Et pas seulement sur le lieu des catastrophes naturelles. La détresse ignore les frontières. La misère est omnipotente. Elle frappe à tout âge et laisse dès l’enfance des bleus à l’âme. Le boom des thérapies existentielles met en exergue notre mal être. Le marché de la douleur enrichit les « vendeurs de bonheur ». Certains mal intentionnés surfent sur une vague dont ils ignorent le danger. D’autres heureusement agissent avec leur cœur pour soulager les désoeuvrés. Reste à avoir le discernement pour éviter les charlatans. Impossible de faire la liste des charognards peu scrupuleux ! Les âmes fragiles sont des proies faciles. Mais s’il fallait retenir 1 méthode pour s’en sortir, je conseillerai celle de Boris Cyrulnik : la résilience, où comment renaître de sa souffrance. Elle repose sur deux fondements : une main tendue et un projet. Où est la différence avec celles des gens soi disant bienveillants ? A première vue, il n’y en a aucune. Mais si vous savez lire entre les lignes, vous découvrirez un autre concept sur l’art de s’en sortir. Changez de perspective : la main tendue devient la vôtre et le projet celui d’un autre. Pour illustrer ma théorie, partons à la découverte d’un monde solidaire …

Voyage au cœur de l’humanitaire

            Les associations humanitaires foisonnent. Le malheur prend de l’ampleur. Enfance violée, adolescence suicidaire, vieillesse abandonnée, maladies rares, espèces menacées, désastres écologiques…Ces drames qui touchent toutes les classes sociales sont mis sur le devant de la scène lors d’incessants appels aux dons.  La médiatisation des causes parrainées par des personnalités représente un danger : celui de les banaliser. Il n’en reste pas moins qu’il est nécessaire d’en parler pour prendre conscience de notre responsabilité. Endiguer les fléaux de notre société n’est pas l’apanage du monde politique (bien trop occupé à mesurer sa côte de popularité). Chacun doit se mobiliser. Même le plus démuni à quelque chose à donner. Cela nous ramène sur le chemin de la résilience : une main tendue, la vôtre ; un projet, celui d’un autre. Tout être humain est doté de sensibilité. Il y a forcément un combat qui donne envie de se mobiliser. De la protection de la Nature à la misère humaine, en passant par la défense de nos libertés, ou simplement sourire à son voisin de pallier qui n’a pas l’air d’aller…Prendre soin de son prochain permet de s’oublier dans l’histoire de l’autre. Tendre la main, c’est aussi offrir une oreille attentive  puis relativiser sur ses propres soucis. C’est cela aider : échanger et partager, donner et recevoir. La plupart des victimes qui s’en sont sorties créent à leur tour des structures d’accueil. Parce qu’elles ont compris que le seul moyen de guérir est de s’ouvrir aux autres. Une main  tendue, la vôtre ; un projet : celui d’un autre. Faire un premier pas sur la voie du cœur, se nourrir du regard de celui qui vous dit merci, et se laisser porter par le besoin d’aimer…C’est l’histoire de Laurence Ligier.

Autopsie d’un cœur ouvert

Il est des personnalités qui forcent l’admiration. Je ne parle pas des Dieux vivants mis sous les feux des projecteurs. Les héros populaires construits par les médias ne me touchent pas. Je pense à ceux qui agissent dans l’ombre et oeuvrent avec le cœur. Mue par un altruisme empreint d’humilité, leur action est rarement mise en lumière. C’est le cas de Sœur Emmanuelle ou encore de l’abbé Pierre. Mais combien d’années d’engagement leur a-t-il fallu pour accéder à la notoriété ? « Peu importe », me diraient-ils ; la reconnaissance n’est pas une fin en soi ; c’est un moyen supplémentaire pour secouer l’humanité centrée sur ses problèmes individuels.

C’est grâce à ce « système télévisuel » que j’ai découvert le travail de Laurence Ligier, lors d’un reportage réalisé aux Philippines : « Cameleon » est une association créée en 1997 pour objectif de protéger et réinsérer les filles des rues maltraitées et victimes d'abus sexuels. Un centre accueille des filles âgées de cinq à seize ans pour les sortir de situations d'urgence : viol, inceste, exploitation, travail, abandon. Petit à petit, Caméléon a mis en place un programme de parrainages scolaires. 100 enfants sont parrainés par des familles françaises, belges ou andorranes afin d'aider au moins un enfant par famille à quitter le travail des champs et retrouver le chemin de l'école. Au-delà du financement, l'objectif est de créer des liens durables entre parrains et filleuls, concrétisés par l'échange de courriers, de dessins, de photos, de bulletins scolaires, et parfois de petits cadeaux. Afin de dégager des revenus localement, une ferme agricole a été construite allant de l'élevage de porcs et de poulets à la production de riz et différents fruits et légumes. Ce projet offre aux familles des communautés voisines le moyen de développer des micros projets agricoles. Enfin, un jardin aux papillons est né à quelques mètres du centre de réhabilitation. Les Philippins accueillent les touristes de passage et des étudiants de la région, sensibilisés à la magnificence de la Nature à protéger.

Il n’a pas été difficile de contacter celle qui a donné 12 ans de sa vie à la mise en place de cette extraordinaire « terre d’asile ». Cette jeune femme, de 32 ans seulement, connaît la valeur des trésors cachés rencontres inopinées. Si la magie opère, le chemin tout tracé peut être détourné pour nous emporter vers notre destinée. Si le hasard existe, il nous pousse à croiser des êtres inoubliables à des étapes clés pour nous faire avancer. Son parcours exemplaire est une leçon de vie, l’interviewer a été une immense leçon d’humilité.

Quelles sont les grandes étapes de ton "voyage initiatique au pays de l'altruisme"?

LG : La motivation d’être juge pour enfants mais des études de droit rébarbatives ; l’envie de connaître l’autre et de découvrir des cultures étrangères pour grandir et pour ouvrir les yeux et le cœur d’une jeune fille de 18 ans que j’étais ; le partage avec ceux qui n’ont rien et qui donnent tout ; la chaleur humaine et les sourires pour une main tendue…un si peu pourtant si grand…

L’intégration dans un pays étranger qui vous accueille et vous demande beaucoup ; le challenge de dire OUI quand on vous appelle a l’aide ; la formation pour aider efficacement et avec autre chose que le cœur qui ne suffit plus a un moment donné ; un métier et le développement de projets professionnels.

Un rêve qui se concrétise avec la création de Caméléon ; une fierté partagée avec une équipe qui se donne sans compter ; le succès d’un programme qui nous pousse a faire toujours plus et mieux ; la reconnaissance qui fait chaud au cœur et nous rend plus fort, plus nombreux en avançant main dans la main.

Des rencontres insolites et inoubliables qui changent la vie ; des menaces et des souffrances qui blessent le corps et le cœur ; la mort de près et la vie qui reprend ; des doutes qui viennent ralentir l’élan prometteur ; des espoirs et des joies qui mettent de la couleur dans tout ; des nouvelles idées, des nouveaux projets, une farandole de gens de cœur et de valeurs qui se tiennent la main, un gros cœur au milieu et beaucoup de rigueur, de professionnalisme, de force et de détermination ; aller vers l’autre et se faire aider pour aider l’autre…un vrai parcours de vie…

A l'école de la vie, dans ce qu'elle a de plus difficile, quel enseignement pourrais-tu  délivrer ?

LG : Que le pouvoir et la force ne se trouvent pas dans l’abondance et l’argent mais dans les yeux qui brillent, dans le sourire et le cœur des petits et des grands qui ont tout compris de la vie parce qu’ils se battent pour la garder et la fleurir. Il y a toujours une lueur d’espoir dans la pollution la plus grise qui vous entoure, il faut savoir souffler fort et sans relâche pour l’apercevoir et oser l’atteindre.

Que retiens-tu de la misère humaine ?

        LG : La pauvreté vous exclut, la misère vous tue lorsqu’elle est une fatalité mais elle n’a pas la capacité d’arracher l’espoir qui anime le cœur de celui qui aime. La vraie misère est celle de l’âme quand elle perd sa dignité et celle du cœur quand il est vide…la c’est la fin de tout.

Comment les épreuves peuvent-elles nous faire grandir ?

LG : Les échecs et la dureté de la vie vous font réfléchir, revenir en arrière pour observer et analyser l’erreur puis repartir dans le droit chemin et grandir. La vie est riche parce qu’ainsi faite de défis et d’épreuves qui améliorent l’homme qui doit se mesurer aux autres et a lui-même et qui ressort fort d’une expérience sans cesse renouvelée. Les Hommes sont des caisses fermées dont la clé est l’épreuve

Toucher en plein cœur

Laurence Ligier parle le langage du cœur. Elle délivre un message d’espoir, qui se lit dans le regard des petites Philippines au sourire fragile. De retour en France, cette « maman adoptive » veille sur le fruit de son labeur. Mais sa générosité est illimitée : aux côtés du Professeur Lecas  de l’hôpital Necker, elle accueille les enfants atteints de maladies ou de malformations cardiaques. Issus de familles défavorisées, ils arrivent du monde entier pour se faire opérer. Une aventure poignante pour celle dont la mission consiste à réparer les petits cœurs brisés.

« Une main tendue, la vôtre ; un projet, celui d’un autre ». Le don de soi est une source d’amour inconditionnel. Aidez, pour connaître le bonheur d’être en vie ; aimez pour ne plus vouloir mourir ; et quittez cette Terre sans remords ni regrets, avec la seule désespérance de ne plus être utile…

ASSOCIATION CAMELEON FRANCE
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